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07 Aoû 2010 

1.

     Le début de mon histoire. Visionnez. Moi, assis par terre dans ma salle de bain, fumant ma dernière cigarette. Si maman voyait ça, elle peterait un câble. Le truc, c'est que je pense pas qu'elle puisse le voir un jour. Elle vient de mourir. A la radio, cette chanson "L'Ombre d'un Doute". Rock français. Je peux pas la saquer.
Moi, assis par terre, appuyé contre la baignoire sale, écoutant cette chanson pourrie, et repensant à ce jour où tout a basculé. J'ai cinq ans, ma soeur trois. Et mon père annonce à ma mère qu'il la quitte.
     "On s'aime plus toi et moi, rends-toi à l'évidence.
- TU ne m'aimes plus. Moi je t'aime! Comment elle s'appelle?
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
- Son nom. Et te fous pas de moi. Réponds.
- Jake.
     Eh ouais, mon père a quitté ma mère pour un autre homme. Mon père, un sale PD. Puis il a pris ses valises et nous a laissés, nous sans rien comprendre et ma mère en larmes. Elle est restée assise des heures devant la porte, jurant qu'il allait revenir. Et puis au bout d'un moment elle a capté. Il ne reviendrait pas. Son prince charmant l'avait quitté.
Alors elle s'était mise à boire tout ce qui lui tombait sous la main. Vodka, whisky. Le placard vide, elle s'était avancée en titubant vers ma soeur, l'avait prise dans ses bras. Puis enfin, elle l'avait frappée. La première fois de sa vie.

     Le dernier accord de la guitare résonna dans mon refuge improvisé, ce qui me fit sortir de ma transe. Je me levai, me dirigeai vers ma chambre et rassemblai quelques-unes de mes affaires dans mon sac à dos. Priai ma soeur de faire de même.
     "Tu as un plan, Lukas? Dis-moi que tu sais ce qu'on va faire, je t'en prie.
- Liz, on a tué maman, on est des fugitifs. Alors non, je n'ai pas de plan. On verra bien."
Et elle pleurait, en rassemblant quelques vêtements et son journal intime.
     "Donne-moi ton journal.
- Pourquoi?
- Pas de questions. C'est une preuve."
Je mis son cahier au feu, malgré ses pleurs et hurlements. Puis nous quittâmes l'appartement, sans but précis. Montâmes dans le premier bus passant, destination le terminus, loin de notre ancienne vie. En montant dans ce bus, nous prenions un nouveau départ.
Je contemplais alors notre passé défiler, jusqu'à ce qu'enfin il ne soit plus qu'un point insignifiant au loin, puis m'endormis.
Malheureusement, le terminus était le centre commercial de la ville. Et à vingt-trois heures, il était fermé. Je décidai d'enter quand même.
Il faisait noir, c'était désert et beaucoup trop silencieux. Comme l'appartement que nous avions quitté quelques minutes plus tôt. Le passé nous rattrape toujours tôt ou tard...
08 Aoû 2010 

2.

     Réveil difficile le lendemain matin. Nous avions dormi sur un des bancs de l'allée centrale Liz et moi et ce n'était pas très confortable. J'avais l'impression d'avoir dormi seulement une heure cette nuit et mon dos me faisait atrocement souffrir. Un tour au toilettes s'imposait, d'autant plus que Liz voulait se changer et que le centre commercial ouvrait dans quinze minutes. Les toilettes étaient mal lavés et s'était une horreur de se laver les mains, après vous avez l'impression qu'elles sont encore plus sales qu'avant. Je me passsi de l'eau sur le visage. Levai la tête et vis mon reflet. Cette horrible cicatrice, infligée un jour par ma mère. Je m'en souvenais très bien de ce jour.
     
     Nous étions en train de manger dans la cuisine. Cela faisait trois semaines que papa était parti, nous avait lâchement abandonné. Elle était saoûle, comme à son habitude et elle me fixait de son regard éteint, celui qu'elle avait acquis ces dernières semaines. Elle ne cessait de me dévisager en soupirant.
     "Tu ressembles tellement à ton père..."
Cette phrase, elle se la répétait, plutôt à elle-même que pour un interlocuteur. Puis au bout de ce qui me semblait être la centième fois, elle se leva hors d'elle en saisissant son couteau à viande.
     "Tu es comme lui, tu vas m'abandonner toi aussi hein? Tu vas aller le rejoindre, tu sais où il est, c'est votre plan... Fais le revenir!
Puis elle avait fait glissé le couteau le long de ma joue, le sang avait coulé, Liz avait hurlé. Je n'osais rien faire contre elle. Finalement elle m'avait lâché et était partie s'enfermer dans sa chambre pour pleurer. Elle y était restée cinq jours, avec pour seule compagnie ses bouteilles.

     C'est comme ça que j'avais vite appris à me débrouiller. Gagner l'argent pour la famille. C'est à partir de mes quinze ans que tout a changé. Avant je distribuais le courrier, j'aidais les voisins pour une poignée de pièces. A partir de quinze ans, j'avais découvert qu'il y avait des moyens moins catholiques pour gagner plus d'argent... Certes je risquais ma vie à chaque fois, mais je dealais plutôt bien. Je rentrais toujours avec un max de blé, de sorte que ma famille pouvait survivre. C'était le principal.
Johanna · 73 vues · 2 commentaires